Pourquoi les jeunes travailleuses du sexe au Kenya peinent-elles à suivre leur traitement préventif contre le VIH

Pourquoi les jeunes travailleuses du sexe au Kenya peinent-elles à suivre leur traitement préventif contre le VIH

Au Kenya, les jeunes travailleuses du sexe sont particulièrement exposées au risque de contracter le VIH. Dans certaines régions comme Kisumu, près d’une femme sur cinq vit avec le virus, un taux bien plus élevé que dans le reste de la population. Pour les protéger, un traitement préventif existe : une pilule à prendre chaque jour qui réduit considérablement les risques d’infection. Pourtant, malgré son efficacité prouvée, son utilisation régulière reste un défi.

Une expérience récente a comparé deux méthodes pour aider ces femmes à mieux suivre leur traitement. La première reposait sur un accompagnement par des pairs, des travailleuses du sexe formées pour les soutenir et les conseiller. La seconde combinait des rappels par SMS et une petite compensation financière pour chaque réponse envoyée. Pendant un an, deux cents jeunes femmes âgées de 18 à 24 ans ont participé à cette étude. Les résultats montrent que très peu d’entre elles avaient des traces du médicament dans le sang après 12, 18 ou 24 mois, signe d’une prise irrégulière. Pourtant, la plupart affirmaient prendre leur pilule presque tous les jours.

Cette différence entre ce qu’elles déclarent et la réalité peut s’expliquer par plusieurs raisons. La pandémie de COVID-19 a bouleversé leur activité, réduisant leurs rencontres avec des clients et donc leur perception du risque. De plus, les contraintes du quotidien, comme l’oubli ou le manque de temps, rendent difficile la prise quotidienne d’un comprimé. Les obstacles ne sont pas seulement individuels : la peur d’être jugées, le manque de soutien de leur entourage ou encore les difficultés à accéder aux soins jouent aussi un rôle.

L’étude souligne l’urgence de trouver des solutions mieux adaptées. Des traitements préventifs à action prolongée, comme des injections ou des implants, pourraient être une piste. Ces alternatives éviteraient la nécessité de prendre un comprimé chaque jour et répondraient mieux aux besoins de ces femmes. Leur vie, souvent marquée par la précarité et l’instabilité, rend compliqué le respect strict d’un traitement quotidien.

Les résultats rappellent aussi que les stratégies de prévention doivent tenir compte des réalités sociales et économiques. Les travailleuses du sexe jeunes et vulnérables ont besoin d’un accompagnement global, qui ne se limite pas à la distribution de médicaments. Leur protection passe par des solutions flexibles, discrètes et accessibles, capables de s’adapter à leurs conditions de vie changeantes.


Bibliographie

Source de l’étude

DOI : https://doi.org/10.1007/s10461-026-05044-2

Titre : Behavioral and Structural Interventions for PrEP Adherence Among Young Female Sex Workers from Western Kenya

Revue : AIDS and Behavior

Éditeur : Springer Science and Business Media LLC

Auteurs : Kawango Agot; Domonique M. Reed; Matthew R. Lamb; Dan Omollo; Julie Franks; Jane Moraa; Joanne E. Mantell; Allison Zerbe; Timothy Okello; Maria Lahuerta; Lubbe Wiesner; Doris Naitore; Marylyn Ochillo; Wafaa M. El-Sadr

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