Les thérapies cognitivo-comportementales sont-elles adaptées à tous les troubles alimentaires

Les thérapies cognitivo-comportementales sont-elles adaptées à tous les troubles alimentaires

Les thérapies cognitivo-comportementales occupent une place centrale dans le traitement des troubles alimentaires, mais leur efficacité n’est pas universelle. Leur validation repose principalement sur des études menées auprès de populations blanches, occidentales et neurotypiques, ce qui limite leur pertinence pour d’autres groupes. Les personnes neurodivergentes, comme celles atteintes d’autisme ou de troubles de l’attention, vivent souvent des différences sensorielles, émotionnelles ou exécutives qui influencent leur façon de ressentir la détresse et de répondre aux soins. Pour elles, ces thérapies peuvent s’avérer inefficaces, voire nuisibles, car elles privilégient des approches standardisées qui ignorent leurs besoins spécifiques.

Les communautés autochtones, quant à elles, conçoivent la santé mentale à travers des cadres relationnels, spirituels et collectifs, loin des modèles individualistes occidentaux. Les outils d’évaluation et les protocoles actuels, centrés sur des critères comme l’indice de masse corporelle ou des symptômes précis, ne captent pas les réalités vécues par ces populations. Par exemple, les troubles alimentaires chez les peuples autochtones sont souvent liés à l’insécurité alimentaire, à la rupture des systèmes alimentaires traditionnels ou aux traumatismes coloniaux. Les services de santé, conçus sans leur participation, peinent à reconnaître ces dimensions et à offrir des soins adaptés.

Dans le domaine des troubles alimentaires, ces lacunes sont amplifiées. Les critères diagnostiques et les traitements standardisés négligent les présentations cliniques variées, comme les comportements de grignotage nocturne ou les restrictions sensorielles, plus fréquentes chez les personnes marginalisées. Les témoignages de patients neurodivergents révèlent que les thérapies cognitivo-comportementales peuvent aggraver leur souffrance en niant leurs expériences et en imposant des normes qui ne leur conviennent pas. Des études montrent que ces approches, en se concentrant sur la modification des pensées et des comportements, échouent à adresser les causes profondes comme les difficultés sensorielles, les troubles digestifs ou les discriminations systémiques.

Pour les peuples autochtones, l’écart est encore plus marqué. Les outils de dépistage et les protocoles de soin ne tiennent pas compte de leurs valeurs culturelles, ce qui retarde les diagnostics et limite l’accès à des traitements appropriés. Des initiatives menées par ces communautés soulignent l’importance de développer des termes et des mesures propres à leur culture pour mieux identifier les troubles et réduire la stigmatisation. Sans une implication active des concernés dans la recherche et la conception des soins, les thérapies cognitivo-comportementales risquent de rester inadaptées, voire dangereuses.

La solution passe par une refonte des méthodes de recherche et de soin. Il est essentiel d’inclure davantage de participants neurodivergents et autochtones dans les études, d’utiliser des indicateurs de résultat culturellement pertinents et de co-construire des interventions avec les communautés concernées. Seule une approche collaborative et respectueuse des différences permettra de garantir des soins sûrs et efficaces pour tous.


Bibliographie

Source de l’étude

DOI : https://doi.org/10.1186/s40337-026-01558-1

Titre : Cognitive behavioural therapy is not universally evidence-based: implications for eating disorders

Revue : Journal of Eating Disorders

Éditeur : Springer Science and Business Media LLC

Auteurs : Laurence Cobbaert

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